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mai 2017 service de garde

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir«Si la pénurie de places s’est résorbée, un nouveau problème a surgi: la qualité des services éducatifs dans les garderies privées», mettent en garde les auteurs.

Idées

Priorité à la qualité et à l’équité dans les services de garde éducatifs à l’enfance

28 avril 2017 | Amélie Quesnel-Vallée, Catherine Haeck, Marie Connolly, Pierre Fortin, Pierre Lefebvre, Philip Merrigan – Chaire de recherche du Canada sur les inégalités sociales de santé de l’Université McGill, professeurs à l’école des sciences de la gestion de l’UQAM | Actualités en société

 

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir«Si la pénurie de places s’est résorbée, un nouveau problème a surgi: la qualité des services éducatifs dans les garderies privées», mettent en garde les auteurs.

À quelques jours d’un sommet sur la petite enfance qui se déroulera à Montréal, il y a lieu de faire le bilan du programme des services de garde éducatifs à contribution réduite instauré au Québec il y a déjà vingt ans. De ses deux objectifs, soit favoriser la conciliation travail-famille et améliorer la qualité et l’égalité des chances en matière de développement des enfants, seul le premier a eu un franc succès. Nous sommes d’avis que l’atteinte du deuxième objectif requiert un engagement pour favoriser un accès plus équitable à des services de qualité.

 

Les frais de garde demeurent aujourd’hui quatre ou cinq fois plus faibles au Québec que dans les autres provinces. Les travaux scientifiques sont unanimes : cette accessibilité financière a eu un effet positif et durable sur la conciliation travail-famille pour les mères d’enfants de 1 à 4 ans. L’an dernier, 85 % des Québécoises de 20 à 44 ans étaient dans la population active alors qu’ailleurs au pays ce taux était de 80 %.

 

Toutefois, depuis son instauration, la politique a été victime de sa popularité. Le nombre de places n’a pu suivre la forte demande et une pénurie de places en CPE s’est cruellement fait sentir. Afin d’y remédier et de contenir les coûts, le gouvernement a ouvert la porte aux garderies privées à but lucratif et à plein tarif, tout en offrant un généreux crédit d’impôt aux familles y ayant recours. Aujourd’hui, le privé offre plus de 60 000 places, contre seulement 5000 en 2008.

 

Qualité inégale

 

Si la pénurie de places s’est résorbée, un nouveau problème a surgi : la qualité des services éducatifs dans les garderies privées. En effet, une enquête récente de l’Institut de la statistique du Québec a montré que 36 % des garderies privées étaient de qualité inadéquate. Seulement 10 % étaient de bonne qualité. À l’inverse, 45 % des CPE affichaient une qualité bonne ou excellente et 4 % une qualité inadéquate.

 

Qui plus est, toutes les familles n’ont pas eu également accès à des services éducatifs puisque les parents moins scolarisés sont fortement sous-représentés en CPE. Étant donné la différence de qualité importante entre les CPE et les garderies privées, il faut en conclure que les meilleures ressources ne vont pas à ceux qui en ont le plus besoin. Loin de réduire les inégalités sociales, notre système de garde à l’enfance pourrait au contraire les accroître si des changements ne sont pas apportés.

 

Ce n’est pas qu’un système universel de garde à tarif réduit soit mauvais pour le développement des enfants. N’importe quel système, qu’il soit 100 % privé ou gratuit, va rater la cible s’il ne répond pas aux normes de qualité. Or, ici, les ressources nécessaires pour assurer un suivi de la qualité et l’application du programme éducatif dans les garderies privées n’ont pas suivi, empêchant l’atteinte du second objectif de la politique.

 

Des pistes de solution

 

Il faut immédiatement rehausser les exigences de formation et les normes à respecter dans tous les milieux de garde. Il faut aussi envisager l’instauration d’une maternelle 4 ans universelle — de qualité, elle aussi ! — afin d’alléger la pression sur le réseau de la petite enfance. De plus, en cohérence avec la politique de congé parental, on pourrait examiner la possibilité d’abolir la subvention pour les enfants de moins d’un an, comme cela a été fait en Scandinavie. Les économies ainsi réalisées pourraient alors être redirigées vers le relèvement de la qualité des services pour tous les enfants, avec une attention particulière pour les besoins spécifiques des enfants les plus vulnérables.

 

Par la suite, il est impératif qu’on se donne les moyens d’évaluer scientifiquement l’impact réel des programmes sur les enfants plutôt que de se limiter à des mesures d’implantation et de surveillance.

 

Jusqu’à présent, le Québec a assuré une plus grande part des coûts d’éducation à la petite enfance que les autres provinces canadiennes. Advenant de nouveaux investissements du fédéral dans ce domaine, souhaitons qu’ils soient utilisés afin de faire rimer qualité avec équité

 



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